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Les instruments du FMI pour une stratégie verte

« En l’absence de nouvelles mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la planète est partie pour connaître des températures jamais atteintes en plusieurs millions d’années, avec des implications qui pourraient se révéler désastreuses. » Ce n’est pas une ONG qui affirme cela, mais rien moins que le FMI dans son dernier rapport, qui ajoute : « à ce jour, les mesures concrètes prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre se sont révélées largement insuffisante. »

Ce sont là 214 pages un peu arides mais passionnantes à lire, tout particulièrement par son chapitre 3 portant sur l’atténuation des changements climatiques et les stratégies à déployer pour l’atteindre. Le FMI estime que celles-ci sont in fine favorables à la croissance et à la distribution.

Ainsi le FMI rappelle que « toutes les estimations indiquent que les dommages devraient être considérables. Quant aux études plus récentes qui tiennent compte de la possibilité d’effets non linéaires et de ralentissements durables de la croissance économique, elles prévoient des dommages beaucoup plus importants que ceux quantifiés jusque-là. Plusieurs changements enclenchés par le réchauffement climatique, tels que la fonte des calottes glaciaires, l’élévation du niveau de la mer et l’acidification des océans, pourraient eux-mêmes accélérer le réchauffement climatique et seraient très difficiles à inverser à l’échelle de temps humaine. »

Le FMI préconise deux instruments très simples à mettre en œuvre : une hausse régulière du prix du carbone et une impulsion en faveur des investissements verts. La tarification du prix du carbone apparait comme un signal économique majeur, puisqu’il donne aux différents acteurs la valeur réelle de leur impact sur l’environnement.

En effet, si l’on regarde la réalité des choses en face personne ne paye le vrai prix des choses puisque le carbone dont le charbon, le pétrole et le gaz sont essentiellement composés n'a pas de prix, ou si peu. C'est toute l'ambiguïté actuelle de l’équation capitaliste minière qui tire du profit en exploitant des ressources qu’ils prélèvent gratuitement, ne payant que le coup des installations d’extraction. Et au-delà de l’extraction, tous les acteurs de la chaîne ne paient pas le prix réel. En l’absence de prix du carbone, un bien fabriqué à des milliers de kilomètres n’intègre pas le coût de la pollution lié à son transport. Un bien fabriqué avec une énergie polluante et peu cher se trouve privilégié par rapport à un fabriqué avec une énergie protectrice de l’environnement et plus cher. L’intégration d’un prix du carbone est un mécanisme qui corrige des erreurs et fait payer aux pollueurs le coût de leur dégradation de l’environnement. Sans prix du carbone, la terre peut être pillée et endommagée par la pollution gratuitement par les pilleurs et pollueurs. Avec un prix carbone les extracteurs de carbone et émetteurs de CO2 intègrent dans leurs coûts d’extraction ou de production le prix de la réparation du dommage. La terre devient alors un bien universel protégé et dont l’usage est valorisé à sa juste valeur.

Le second instrument proposé par le FMI est l’impulsion en faveur des investissements. Cela revient à subventionner partiellement de tels investissement par un mécanisme qui restitue aux investisseurs la valeur financière des bénéfices environnementaux qu’ils vont permettre. Dit autrement, actuellement il n’y a pas plus d’intérêt financier pour un investisseurs à investir sur un projet environnemental que sur un projet polluant. Le mécanisme de soutien des investissements verts rétablit donc cette aberration environnementale en dotant les projets vertueux de la valeur que procure leur réalisation.

Le FMI estime que la mise en œuvre de ces deux mécanismes « entraînerait la réduction d’émissions nécessaire et que cette transition aurait des répercussions raisonnables sur la production mondiale. » Ainsi concernant le prix du carbone, le FMI conclut que celle-ci est essentielle à la réduction des émissions de CO2, « car des prix plus élevés stimulent l’efficacité énergétique en réaffectant les ressources depuis les activités à forte intensité de carbone vers celles à faible intensité de carbone. » De même concernant les investissements verts, le FMI affirme que ceux-ci renforceraient « les indicateurs macroéconomiques à court terme et contribuerait à diminuer les coûts liés à l’ajustement à des prix du carbone plus élevés. »

Le FMI souligne également qu’une telle politique est économiquement « acceptable », surtout qu’elle aurait des impacts sur l’innovation technologique qui, au fur et à mesure qu’elle installerait de nouveaux produits économes en CO2, permettrait de baisser ses coûts.

Ainsi, en conclusion le FMI évalue qu’une « impulsion initiale en faveur des investissements verts, combinée à une augmentation progressive des prix du carbone, engendrerait les réductions d’émissions nécessaires, avec des répercussions raisonnables en termes de production. Dans un premier temps, le programme stimulerait le PIB mondial en soutenant la reprise au sortir de la crise de la COVID-19, mais il pèserait ensuite sur l’activité mondiale pendant une certaine période, durant laquelle l’effort d’investissement se tasse et les prix du carbone continuent d’augmenter. »

Mais cet effort consenti a un coût très faible de l’ordre d’un point de PIB seulement. Bien sûr celui-ci n’est pas équitablement réparti entre les pays. La Chine, les USA, l’Europe, le Japon en tirent bénéfice. Les pays producteurs de pétrole, l’Inde, la Russie, l’Australie, le Canada et la Nouvelle Zélande ont un impact négatif. Sans doute convient-il d’imaginer des mécanismes compensateurs pour répartir équitablement les bénéfices.

Surtout à partir de 2050 « la réduction des émissions placerait l’économie mondiale sur une trajectoire plus robuste et plus durable, » selon de FMI.

L’autre solution serait de ne rien faire, et alors les conséquences climatiques, humaines, sanitaires seraient non seulement désastreuses, mais le coût économique exorbitant.

La voie de la réduction des émissions de CO2 pour atteindre en 2050 la neutralité carbone apparait comme la seule voie économiquement raisonnable.

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